Tribune

IA rien là ?

Le monde semble trembler depuis que l'hydre de l'IA plane sur nos carrières et nos métiers. Photographe, directeur artistique, indépendant : l'IA devrait me faire peur. Eh bien non. Unpopular opinion : elle m'arrange. Pas parce qu'elle fait le travail à ma place, mais parce qu'elle remet à sa juste place la vraie valeur. Et ce n'est pas là où on croit.

Bruno Boissière 1er octobre 2026 Lecture 4 min

Ce que l'IA rend facile, c'est ce qui était long et fastidieux : décliner un visuel en douze formats, rédiger dix variantes d'une accroche, décliner des pages web, intégrer des contenus, traduire, sous-titrer, maquetter et itérer. Tant mieux. C'était rarement là que se jouait la réussite d'une marque.

L'IA banalise la production, pas la valeur

Ce qui reste rare, l'IA ne le fabrique pas : l'idée juste, le positionnement qui tranche, le regard. La preuve tient dans un chiffre têtu : selon Nielsen, près de la moitié (49 %) de l'efficacité d'une publicité vient de la création, bien avant le ciblage ou le budget média.1 L'IA ne change pas cette règle. Elle la souligne : quand produire ne coûte presque plus rien, c'est ce qu'on produit qui fait toute la différence.

L'IA ne sauvera pas une mauvaise idée. Elle la produira juste plus vite, et en 4K.

Ce que ça change pour vous (en mieux)

Concrètement, côté client, l'IA bien pilotée, ça donne : plus d'options à comparer, des itérations en heures plutôt qu'en semaines, des tests A/B qu'on ne faisait pas faute de temps, une production qui suit le rythme de vos campagnes. À budget de production maîtrisé, vous obtenez plus, plus vite.

À une condition, et c'est là tout le sujet : qu'une tête tienne la barre. Livrée à elle-même, l'IA produit surtout du contenu tiède et interchangeable, en très grande quantité. Le web en déborde déjà. La valeur n'est pas dans la machine ; elle est dans la main qui décide quoi lui demander, et qui trie ce qui sort.

Et la photo, alors ?

On me dira : « l'image générée va tuer la photo. » Je pense l'inverse. Quand n'importe quelle jolie image devient gratuite et instantanée, le joli ne vaut plus rien : il est partout, et il se ressemble. Ce qui reprend de la valeur, c'est le vrai : votre équipe, vos locaux, vos produits, vos clients, ce lieu précis à cette lumière-là. Ce que l'IA ne peut pas inventer, parce que ça n'existe qu'une fois. La photographie authentique redevient un signe de confiance. À l'heure du tout-généré, montrer du réel, c'est presque un acte de différenciation.

IA + no-code contre « il me faut un développeur »

C'est le terrain où l'IA change le plus la donne pour une PME. Pour un site de marque ou d'e-commerce (celui qui doit vous vendre, pas un logiciel existant rapidement décoré), une seule tête outillée par l'IA et le no-code va souvent plus loin qu'une chaîne classique, sur ce qui compte vraiment :

  • La qualité d'intégration. La même personne pense le design et le montage : ce que vous voyez est ce qui est livré, sans « perte en ligne » entre le créatif et l'intégrateur.
  • Les délais. Ce qui prenait des allers-retours de plusieurs semaines se règle souvent dans la journée.
  • Les itérations. On ajuste, on teste, on corrige en direct, sans rouvrir un chantier (et une facture) à chaque changement de virgule.
  • Les fonctionnalités. Formulaires, prise de rendez-vous, paiement, espace membre : tout devient plus simple, sans équipes pléthoriques ni coûts astronomiques.
  • La connectivité. Le site parle nativement à vos campagnes Meta & Google, à vos réseaux sociaux et à votre suivi de résultats, parce qu'il a été pensé pour ça dès le départ, pas raccordé après coup.

Soyons honnêtes : pour un système informatique critique, un pool de développeurs de haut niveau reste irremplaçable : ce n'est pas le même métier, et je ne prétends pas le remplacer. Mais pour la très grande majorité des sites de marque de PME, la question n'est plus « qui code le mieux ? », c'est « qui tient l'ensemble, du design à la mise en ligne ? ».

Alors, IA rien là ?

La vraie question n'a jamais été l'outil. Un pinceau ne fait pas le peintre ; l'IA ne fait pas la stratégie. Elle démultiplie les actions et les possibilités de celui qui sait quoi en faire.

Chez DearCom, je m'en sers tous les jours pour aller plus vite et vous proposer plus. Mais ce que vous payez, ce n'est pas la machine : c'est la direction. Une seule main qui décide, crée, produit et mesure ; l'IA en renfort, jamais aux commandes.

Bruno Boissière DearCom, Montpellier

Sources

  1. Nielsen / NCSolutions : la création pèse environ 49 % de l'efficacité publicitaire (premier facteur, devant le ciblage et le média).
  2. Insee Première n°2120 (2025) : 18 % des entreprises en France utilisent au moins une technologie d'IA (15 % pour les 10-49 salariés).